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Ivan Lammerant
En théorie, l'addition de trois encres de couleur primaire cyan, magenta, et jaune, devrait suffire à restituer la totalité du spectre lumineux.
En pratique, leur superposition ne sait donner plus qu'un brun manquant singulièrement de densité. L'usage s'est donc généralisé d'ajouter une quatrième couleur, le noir, pour renforcer la profondeur des tons sombres de l'image. À la sélection, c'est un clone de celle du cyan, notablement dégraissée et contrastée, qui va devenir la séparation de la couleur noire. Heureusement, vous n'avez le plus souvent pas à vous en soucier!
Néanmoins, dans certains cas particuliers, il pourra être nécessaire d'intervenir sur la séparation du noir. Soit pour se conformer à un cahier des charges précis. Soit pour améliorer la qualité de la sélection ou de l'impression.



Voila une démonstration simple , et même évidente! diront certains, mais tout le monde n'a pas fait l'expérience de suivre une impression au "cul de la machine" (c'est l'expression consacrée...).
La première vignette vous montre une image composée des seules trois couleurs primaires: les ombres et le dessin des forces semble fades.
Puis le noir seul, comme vous pourriez le découvrir sur un typon de gravure; Vous remarquerez qu'il n'y subsiste plus de la vue originelle que le dessin des lignes de forces, l'ossature de la photographie. Les photograveurs appellent cette sélection le "noir squelette".
Et enfin, l'addition des primaires et du noir donne une impression offset classique.
Qu'est-ce qui distingue une photographie numérisée suivant la méthode classique, et celle du retrait sous couleur ? RIEN !
Rien en effet qui soit sensible sur la page terminée. C'est un artifice de sélection conçu à l'intention des imprimeurs pour réduire les coûts de matières (l'encre!), et sécuriser les conditions de fabrication.
La première raison de recourir à cette technique est donc de se conformer à un cahier des charges imposé par le commanditaire.
La seconde -celle qui nous intéresse ici principalement- est d'en détourner la finalité première pour optimiser la reproduction de sujets caractéristiques.
Quelques définitions:

La première est le produit d'une sélection classique.
En l'effleurant, la couche du noir se décale. Vous découvrez une trichromie CMY très proche du résultat final. Le noir, à coté, souligne seulement et discrètement les ombres du sujet. La plus part des quadrichromies que vous voyez dans les revues, et ailleurs, sont reproduites de cette manière.
La seconde a été numérisée en ayant recours à la compensation GCR.

Lorsque la couche du noir se décale, vous observez que le film noir est beaucoup présent que précédemment. Il présente presque le profil d'une simili. La trichromie, à l'inverse, semble atténuée. Seuls ressortent les détails colorés de l'image, et les tons neutres ne jouent plus qu'un rôle de soutien aux forces du noir.
Le principe théorique de la compensation GCR est que l'addition en parts égales des couleurs primaires peut se traduire par la même valeur de noir.Donc un gris neutre, soit 50% cyan, 43% magenta, 45% jaune, pourrait être imprimé seulement par un noir tramé à 50%.
Ou encore une couleur décomposée en 95% cyan, 20% magenta, et 80% jaune se traduirait par 20% de NOIR, 75% cyan, 0% magenta, 60% jaune.
La réalité de l'impression offset impose que cette belle théorie soit relativisée et compensée.
En effet un noir seul, même à l'aplat, ne saurait restituer une densité d'encrage comparable à la superposition des quatre encrages. Il est indispensable de prévoir une couleur de soutien sous le noir pour retrouver la puissance des ombres, et éviter les cassures indésirables entre zones de luminosités différentes.
Les paramètres de compensation peuvent avoir une action plus ou moins marquée suivant la destination de l'ouvrage.
Un simple dégraissage pour éviter des problèmes de maculage et de séchage, pour une impression sur rotative sera obtenu par un indice GCR moyen, avec une sous-couleur approximative de 75% dans les forces et un noir à 90%.
Un indice GCR élevé permettra de remplacer les blancs, les gris et les noirs par presqu'exclusivement la séparation du noir, avec une sous-couleur culminant à 50%, et un noir à 98%.
Sauf intention particuliere, et circonstanciée, on ne poussera jamais la compensation à son maximum: l'artifice deviendrait par trop sensible.
Quand on parle du noir, on pense immédiatement à la sélection des similis. La simili, comme son nom l'indique, est une image imprimée en une seule couleur. Le noir, le plus souvent, mais on peut tout aussi bien utiliser un ton direct.
La simili n'est pas une sélection au rabais.
Paradoxalement, alors que la majorité des documents traités en simili le sont pour des raisons de budget (cela revient toujours moins cher d'imprimer une seule couleur que quatre), on trouve des publications de luxe ou artistiques qui font volontairement appel à cette technique.
La numérisation d'une simili requiert les mêmes soins que celle d'une quadrichromie: contrôle des blancs et des noirs, gradation, contraste, netteté... La seule chose dont vous n'ayez pas à vous soucier, et pour cause, est l'équilibre des gris.
Le seul repproche que l'on puisse faire à la reproduction d'une image en simili est la perte de densité et de contraste.

Pour une reproduction qui s'approche de la qualité d'un tirage photo, il est nécessaire de compenser la pauvreté du noir quadri.
Travaux de luxe et budget en relation: on traitera les documents en bichromie. Le noir simili sera accompagné par une sous-couche d'un ton direct gris (on emploie le plus souvent un Warm Gray) qui renforcera les ombres et donnera de la matière aux demi-tons. Le résultat peut s'avérer superbe!
Ce n'est pas toujours envisageable.On pourra, chaque fois que cela est possible, tricher avec la simili, en réalisant des "similis/quadris". En fait, des sélections de documents noirs traités en quadrichromie.
C'est par contre une évidence lorsque des photographies noires sont amalgamées avec des quadrichromies. Les densités des noirs s'en trouveront significativement renforcées.
L'occasion est trop belle dans ce cas de recourir à la compensation GCR. Le noir est stabilisé, et renforcé par un "matelas" neutre aux trois couleurs primaires. Le risque est de maculage ou de refus est quasiment inexistant. Que demander de plus ?
Le principe de traitement bichromie est sollicité également pour donner des effets de virage aux documents moochromes.

Le plus simple est de choisir en soutien au noir simili une couleur d'encre caractéristique: un brun orangé, par exemple pour obtenir un aspect de photo ancienne sépia (qui était, en fait, un virage à l'or).
De la même manière qu'on a pu simuler un soutien à la séparation du noir en composant avec les couleurs primaires, une correction de gradation restituera la même dominante spécifique. Pour un sépia, sous le noir, il faudra atténuer sensiblement la courbe du cyan, peu ou prou celle du magenta, et notablement accentuer celle du jaune.
Attention!La simulation écran dans ce domaine est particulièrement approximative et hasardeuse!
On peut trouver des -rares et chères- gammes bichromes et trichromes, pour vous guider dans le choix des tons directs.
La gamme de tons quadrichromie (que vous achèterez bien, enfin, après avoir consulté ce site!...) est précieuses pour la composition des couleurs de soutien primaires.
La meilleure garantie quant au résultat espéré, et je le recommande ardemment, reste l'épreuve de contrôle.
Il suffit quelquefois de contraster un noir quadri pour redonner du volume et de la profondeur à une image qui en manque.
On peut retrouver, grâce à l'acuité du scanner, des détails imperceptibles à l'oeil dans les ombres du document original. Restaurer la fraicheur et la densité d'une couleur difficilement reproductible, en remplaçant sa couleur complémentaire par le noir en compensation GCR. Ou par la même méthode, équilibrer des produits blancs ou neutres.
Au risque de sembler cultiver le paradoxe, on pourrait affirmer que la maitrise du noir est devenue la "haute école" de la reproduction couleur. Les excercices de haute école peuvent paraître fastidieux, ils n'en sont pas moins que redoutablement efficaces.
Extraits autorisés du site d'Emmanuel Florio

Florio, Emmanuel. Guide de la couleur et de l'image imprimée: Atelier Perrousseaux éditeur, 2001.
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Dernière mise à jour : 3 Mai 2009
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