Les procédés spéciaux
Certains procédés photographiques ou cinématographiques sont utilisés en bandes dessinées, soit dans le travail de l'image, soit dans la narration et la structure du récit. Ils servent à traduire ou suggérer une ambiance, à donner ou changer un rythme, à rendre un mouvement. Ils servent souvent à l'accrochage visuel, donnent à un récit ou une image plus de force et d'intérêt; ils dynamisent et modernisent la bande dessinée. Ils permettent enfin, au dessinateur et au scénariste, d'explorer, de créer une nouvelle communication suggestive, plus riche et plus subtile.
Ces procédés spéciaux sont appliqués à la narration mais aussi à l'image. Dans la pratique, ils se traduisent par la succession ou l'association de quelques vignettes ou de quelques éléments dans l'image.
Ils sont aux nombres de douze:
1. Le zoom
Succession de deux ou trois images traduisant un mouvement continu de la caméra vers l'avant (zoom avant) ou vers l'arrière (zoom arrière).
Le zoom avant est utilisé pour l'approche, la découverte d'un endroit, d'une personne ou d'une situation, souvent en début de récit ou en début de séquence. Il sert d'accrochage visuel et suggère la participation du lecteur à l'action ou à la situation.
Le zoom arrière est utilisé pour quitter un endroit, une personne ou une situation; prendre du recul. En fin de récit ou en fin de séquence, il sert au décrochage et suggère au lecteur l'éloignement, le départ.
2. Le travelling
Succession de deux, trois ou plusieurs images traduisant un mouvement continu de la caméra soit latéral, vertical, circulaire, courbe, oblique, sinueux.
Le travelling lateral et le travelling vertical sont utilisés pour décrire, pour présenter un paysage, un décor, un endroit, une situation ou une action.
Le travelling circulaire est utilisé pour une approche suggestive, subjective et souvent psychologique d'une personne, d'une action ou d'une situation.
Les travellings courbe, oblique et sinueux sont utilisés pour suggérer un déplacement, un mouvement soit de la caméra (travelling objectif) soit d'une personne (travelling subjectif). Ils correspondent à l'utilisation au cinéma,de la caméra aérienne, de la grue, de la caméra téléguidée (la luma).
Le travelling peut être associé au zoom dans un double mouvement de caméra.
3. Le champ-contrechamp
Présentation d'un personnage, d'un endroit, d'une action ou d'une situation en deux images successives et complémentaires à 180 degrés (devant et derrière).
Le champ-contrechamp est utilisé pour décrire un endroit, un personnage ou une situation. Il sert à dynamiser le récit, à insister sur un moment important. Il est utilisé aussi pour les scènes de dialogues, en visée subjective. Travaillé généralement en visées ordinaires, il peut être aussi travaillé en visées complémentaires (plongée, contre-plongée, visées obliques).
Dans l'image, le champ-contrechamp peut être traduit par l'utilisation d'éléments réfléchissants comme un miroir, une surface brillant, métalique, un bout de verre, etc.
4. Le fondu
Succession de deux ou trois images traduisant l'apparition ou la disparition d'un élément, d'un personnage, d'un décor ou d'une situation. Il peut suggérer l'éveil, l'endormissement, l'évanouissement, la naissance ou la mort.
Le fondu se travaille par la couleur (fondu au noir, fondu au blanc), par la forme (agrandissement ou diminution progressive des dimenssions de l'image), par le graphisme (visée émotionnelle, solarisation,etc).
L'association des différents fondus est possible.
5. L'enchainement
Succession de deux images appartenant à deux scènes différentes (dernière image d'une scène et première image de la scène suivante) mais contenant chacun un élément de liaison identique (un objet, une couleur, une forme, une matière).
L'association peut être réaliste, logique et rationnelle ou suggestive, symbolique, humoristique, subliminale. L'enchainement de plans sert à mieux lier le récit. Il peut être associé au fondu dans un fondu-enchainé qui se traduit alors en trois images.
6. Le ralenti
Succession de deux, trois ou plusieurs images montrant toutes les phases de décomposition d'un mouvement ou d'une action.
Souvent travaillé en gros plans ou en très gros plans, le ralenti sert à accrocher le regard du lecteur sur un moment important du récit. Il est utilisé aussi pour ralentir ou changer le rythme du récit.
7. Le plan fixe
Succession ou association de deux, trois ou plusieurs images identiques de plan, de cadrage et de visée. Dans le plan fixe, la caméra ne bouge pas, seuls des éléments ou des personnages vont se déplacer dans l'image.
Le plan fixe est utilisé pour insister sur un moment, une action ou une situation. Il suggère souvent la vision neutre, descriptive, objective et analytique d'une scène (vidéo, caméra fixe). Utilisé de façon répétitive à des endroits différents du récit, il peut servir les intentions narratives de l'auteur ou créer un rythme. Il peut servir aussi à l'accrochage visuel et parfois subliminal.
8. L'arrêt sur l'image
Répétition d'une même image, statique, dans laquelle rien ne bouge.
L'arrêt sur l'image est utilisé pour attirer l'attention du lecteur sur un moment important du récit. Il peut suggérer l'arrêt du temps pour les acteurs, le spectateur, à un moment précis ou dans une situation donnée. Il peut être aussi utilisé pour changer, ralentir ou briser le rythme d'un récit.
9. La superposition
Petite vignette travaillée sur une grande vignette ou sur une image-planche. Elle est utilisée pour mettre en évidence, montrer ou isoler un élément, un personnage.
Elle peut servir à présenter un personnage en gros plan, à insister sur une expression, à attirer l'attention du lecteur sur un élément secondaire ou un détail de l'action. Elle peut être aussi utilisée pour décrire, décomposer une action en présentant une vue générale de la situation ainsi qu'un détail. La superposition peut traduire le champ-contrechamp ou la narration parrallèle.
10. La surimpression
Un élément, un visage ou un personnage est travaillé "en fondu" sur une autre image.
La surimpression doit se faire, pour être lisible, sur une partie, une surface "calme" de l'image (le ciel, la mer, un mur, etc...). Elle est utilisée pour les scènes oniriques, de flash-back, la narration subjective ou émotionnelle.
L'élément en surimpression doit être, le mieux possible, intégré, fondu, associé au fond, en jouant sur la ligne, la forme, la couleur ou la tonalité. L'association pour le lecteur doit être évidente; elle peut être rationnelle, suggestive, symbolique ou subliminale.
11. Le screen-play
L'image ou la planche est scindée en une série de petites vignettes montrant, soit une même scène, soit un même décor ou un paysage dans lequel peut évoluer, se déplacer un personnage ou un objet; soit plusieurs plans différents d'une même scène, d'une même action ou d'une même situation vue sous des angles différents.
Les formes des différentes vignettes composant le screen-play sont soit identiques, soit différentes, en fonction des éléments ou des détails à isoler ou à mettre en évidence. Le screen-play peut se réaliser en superposition d'une autre image, sur un fond coloré ou nuancé.
12. L'élément subliminal
Utilisation d'un élément dans l'image ou dans la narration qui n'est pas directement perçu par le conscient mais qui participe à la lecture inconsciente.
L'élément subliminal est utilisé pour capter l'inconscient et impliquer le lecteur dans l'action, la découverte ou la conclusion d'une histoire, sans qu'il ne s'en rende compte. Il peut suggérer le malaise ou la complicité, permettre au lecteur attentif un décodage subtil du déroulement de l'action.
L'élément subliminal peut être objet , couleur, forme, matière. Il peut être travaillé par association, avec d'autres objets ou éléments symboliques.
Toutes les bonnes volontés sont le bienvenu pour étoffer, corriger ces informations!
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