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Photographie

L'oléobromie en pratique

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Ivan Lammerant

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Avant-propos:

Mes remerciements vont à Angelo Camilli et à Roland Castro, qui m'ont initié à cette technique.

remis à jour par Angelo Camilli

Principe de l'oléobromie

En 1907, Welborne Piper a découvert un procédé de tirage qui permet de substituer une image à l'encre grasse à une image argentique. Ce procédé repose sur le principe suivant. Si l'on plonge, dans une solution de bromure cuivrique, une épreuve tirée sur un papier par développement, l'argent métallique revient à l'état de bromure d'argent mélangé à du bromure cuivreux. Ce dernier sel a la propriété de décomposer certains dérivés du chrome en un complexe qui tanne la gélatine. Le bromure cuivreux se formant en quantité proportionnelle à l'épaisseur de la couche d'argent, l'énergie du tannage est d'autant plus grande que la densité des diverses régions de l'image est plus forte.

Après le tannage de la gélatine, le bromure d'argent, que l'action de la lumière pourrait colorer, est éliminé dans un bain de fixage. Ce procédé permet de tirer les épreuves "par projection", donc d'obtenir de grandes images à l'aide de petits négatifs; il dispense de l'exposition à la lumière naturelle et donne la possibilité de travailler à toute heure. Opposés à ces avantages, le procédé a des inconvénients qu'on ne saurait passer sous silence.

Les réactions chimiques ne produisent un tannage convenable de la gélatine que lorsque plusieurs conditions sont réunies. Il faut, notamment, partir d'une image argentique de caractéristiques bien déterminées (épaisseur de métal suffisante, ombres sans empâtements, grandes lumières denses, grain fin), qu'on n'arrive à apprécier qu'avec de l'expérience.

On doit comprendre que l'oléobromie est un procédé moins automatique que l'oléotypie, qu'il est plus difficile de s'approcher des conditions optima, et que des irrégularités dans l'aptitude de la gélatine à accepter l'encre grasse sont rencontrées plus fréquemment.

Pratique de l'oléobromie

Comme l'oléotypie, l'oléobromie demande des négatifs aux densités parfaitement différenciées. Les négatifs dont le modelé est faible rendent l'encrage difficultueux et font obtenir des images plates ou enfumées. Le contraste du négatif doit être en rapport avec la gradation utile du papier employé. S'il y a nécessité, on le modifiera par le renforcement ou l'affaiblissement.

Tirage de l'épreuve

Quelques papiers usuels au gélatino-bromure d'argent, dont l'émulsion n'est pas protégée contre l'abrasion par une surcouche de gélatine vierge, acceptent assez facilement l'encre grasse.

Les débutants ont pourtant intérêt à utiliser les papiers au bromure d'argent préparés spécialement pour l'oléobromie ; leur support est solide, leur gélatine fait preuve de résistance et, grace à 1 incorporation d'amidon, gonfle fortement. Il est regrettable qu'on ne puisse, le plus souvent, se les procurer qu'en une seule gradation utile.

L'aspect d'une épreuve propre à l'oléobromie doit différer passablement de celui d'une épreuve ordinaire. Il faut savoir que l'encre grasse ne prend que dans les régions tannées et que le tannage ne se produit que dans les endroits où la gélatine enrobe une certaine quantité d'argent. Il faut aussi retenir qu'une couche d'argent trop épaisse fait obtenir un tannage de la gélatine tellement énergique qu'on ne peut pas enlever l'excès d'encre et "désempâter" convenablement les ombres de l'image.

Une épreuve bien tirée pour l'oléobromie est grise dans les lumières, dont les plus faibles valeurs doivent être bien marquées; ses ombres n'ont pas atteint le ton noir véritable et des détails y apparaissent nettement. Une épreuve agréable à l'oeil est sous-exposée pour le procédé; ses parties claires ne retiendront pas l'encre. Pour que l'image argentique acquière de la densité et comporte des détails dans les lumières, il est indispensable que l'action du révélateur soit aidée par une copieuse illumination de la couche sensible. On prendra toutes les précautions nécessaires pour éviter le voile, qui causerait l'adhérence de l'encre sur toute la surface de l'image.

Le développement d'une épreuve pour l'oléobromie doit s'effectuer jusque dans le fond de la couche impressionnée. Il faut donc s'interdire l'emploi des révélateurs rapides, qui agissent principalement en surface. On adoptera un révélateur ne tannant pas la gélatine. Celui à l'hydroqui- none et génol convient, mais il demande à être renouvelé souvent parce que la quinone (produit d'oxydation de l'hydroquinone) peut tanner entièrement la pellicule de gélatine. Le révélateur au diamidophénol est le plus employé; il parait avantageux de l'aciduler, afin de faciliter son action dans les couches profondes de l'émulsion. On utilisera, par exemple, le bain dont la formule suit:

  • Sulfite de sodium anhydre.................20 gr.
  • Bromure de potassium à 10 %...........5 cc.
  • Diamidophénol..................................3 gr.
  • Eau q.s. pour faire......................1.000 cc.

La durée normale du développement est approximativement égale à 8 fois le temps d'apparition de l'image. On élèvera le coefficient si l'image manque de vigueur; on le baissera, au contraire, si l'empâtement des ombres nivèle leurs valeurs. L'épreuve doit séjourner dans le révélateur durant au moins deux minutes. On ralentira l'action de ce bain, s'il y a lieu, en l'additionnant de 1 à 8 % de bisulfite de sodium liquide. Pour que l'image atteigne la densité qui permet l'encrage, il ne faut pas développer dans un révélateur ayant moins de 14 °C. On s'abstiendra de traiter plus de dix épreuves de 18 x 24 cm. dans 1 litre du révélateur ci-dessus, dont la teneur en substances actives est relativement faible. Lorsque le susdit révélateur produit des épreuves insuffisamment contrastées, on doit utiliser le révélateur suivant et développer pendant un temps égal à douze fois la durée d'apparition de l'image.

  • Bisulfite de sodium à 35° B..................de 20 à 80 cc.
    (Suivant la rapidité du développement)
  • Sulfite de sodium anhydre ................................30 gr.
  • Bromure de potassium à 10 % .........................30 cc.
  • Diamidophénol ..................................................6 gr.
  • Eau q.s. ...................pour faire....................1.000 cc.

Dès que le développement de l'épreuve est terminé, on la rince, puis on la fixe dans une solution à 20 % d'hyposulfite de sodium acidulée modérément, de préférence au métabisulfite de potassium ou à l'acide borique car certaines sortes de bisulfite de sodium renferment des sels de fer qui sont capables d'insolubiliser toute la surface gélatinée.

Le fixage, qui peut ne durer que six minutes si le bain est neuf et les épreuves remuées fréquemment, doit être suivi d'un lavage soigné. On a la faculté de tanner les épreuves avant leur fixage, mais ce mode opératoire, qui augmente le nombre des insuccès possibles, est déconseillé aux débutants. Bien que le tannage des épreuves lavées puisse être différé pendant longtemps, il parait préférable de les tanner d'abord et de les sécher ensuite.

                   
                       
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Blanchiment et tannage

Le blanchiment a pour objet de faire disparaître l'image argentique, afin qu'on la remplace par une image à l'encre grasse.

Le tannage a pour effet d'imperméabiliser la gélatine, proportionnellement à l'épaisseur de la couche d'argent, et de l'empêcher d'absorber de l'eau dans les régions sur lesquelles on doit déposer de l'encre grasse. Le tannage de la gélatine peut avoir lieu en même temps que le blanchiment, ou après. Quel que soit le mode de tannage auquel on a recours, il est instamment recommandé de ne pas traiter à la fois plus de deux épreuves adossées; on évitera, de la sorte, des irrégularités d'imbibition et, par conséquent, de tannage, qui provoquent des difficultés d'encrage.

Le traitement en bains séparés est moins expéditif que le traitement en bain unique, mais il procure plusieurs avantages: 1° résultats constants 2° opérations ne laissant rien à l'appréciation du praticien (il suffit de respecter les durées de trempages indiquées, quelle que soit la densité de l'image argentique) 3° possibilité de tanner un plus grand nombre d'épreuves avec une même quantité de produits chimiques. Ce traitement débute par l'immersion de l'épreuve, préalablement moitié si elle a été séchée, dans une solution de bromure cuivrique composée avec:

  • Sulfate de cuivre..........................95 gr.
  • Bromure de potassium...................5 gr.
  • Eau de pluie q.s. pour faire......1.000 cc
    (A défaut d'eau de pluie, utiliser de l'eau de source ayant bouilli durant au moins cinq minutes.)

Retirer de ce bain l'épreuve une trentaine de secondes après la disparition de l'image; l'égoutter et tanner la gélatine dans une solution renfermant:

  • Bichromate de potassium .............2 gr.
  • Bromure de potassium ................20 gr.
  • Eau de pluie q.s. pour faire ... 1.000 cc
    (A défaut d'eau de pluie, utiliser de l'eau de source ayant bouilli durant au moins cinq minutes.)

La durée moyenne du séjour dans ce second bain est de quatre minutes. Le bromure cuivreux formé dans le premier bain en même temps que le bromure d'argent, réduit le sel de chrome du second bain en un chromate complexe de chrome et de cuivre qui provoque, in situ, le tannage de la gélatine. Ce tannage s'effectue dans les meilleures conditions quand la température du bain avoisine 18 °C. Au-dessous de 15°, il faut allonger d'une minute la durée du trempage; au dessus de 20°, on doit l'abréger d'autant.

La solution de bromure cuivrique se conserve bien et s'emploie tant que la disparition de l'image se produit dans un temps raisonnable. La solution chromique non utilisée est inaltérable; après usage, elle doit, en principe, être jetée. On procède au blanchiment et au tannage simultanés de la gélatine à l'aide d'une solution de bromure cuivrique additionnée d'acide chromique, ou d'un bichromate alcalin. Il semble que les épreuves blanchies et tannées en bain unique acceptent l'encre mieux que ne le font les épreuves traitées en bains séparés, mais qu'elles la retiennent plus énergiquement.

La correction des empâtements est, par conséquent, moins facile. L'acide chromique, sel le plus habituellement recommandé, bien qu'il ne possède aucune vertu particulière, est instable à l'état sec. C'est probablement à cette instabilité qu'il faut attribuer les irrégularités de tannage que son utilisation fait parfois constater. On obtient d'aussi bons résultats avec les bichromates des métaux alcalins, qui sont pratiquement inaltérables. De nombreux insuccès sont dus à l'emploi d'un bain de tannage altéré. On les évite, ordinairement, en introduisant le sel de chrome dans la solution de bromure cuivrique au moment du besoin. Les solutions de réserve, comme les suivantes, se conservent bien séparément:

  • Sol.A. Sulfate de cuivre ......................60 gr.
  • Bromure de potassium. ......................40 gr.
  • Eau de pluie q.s. .......pour faire......1.000 cc.
  • Sol.B. Bichromate de potassium ...........5 gr.
  • Eau de pluie q.s. .......pour faire.......1.000 cc.

Le bichromate de potassium peut être remplacé par 4 gr. d'acide chromique pur.
(il vaut mieux ne pas neutraliser au moyen d'un acide les sels calcaires de l'eau de source, parce qu'une proportion trop élevée de cette substance pourrait paralyser l'action de l'agent tannant.) A défaut d'eau de pluie, on préparera les solutions ci-dessus avec de l'eau potable épurée par l'ébullition.

Pour procéder au tannage, on ajoute 1 volume de solution B a 1 volume de solution A et on plonge dans le mélange l'épreuve préalablement assouplie; on la tourne à plusieurs reprises afin de crever les bulles d'air. L'image blanchit graduellement tandis que la gélatine s'imperméabilise localement. Tous les praticiens n'évaluent pas pareillement la durée du tannage. Pour quelques uns, cette opération doit être interrompue dès que l'argent a blanchi ; pour d'autres, il faut la continuer pendant deux minutes après le blanchiment; certains estiment que le baignage du papier doit durer au moins quatre minutes. Il semble qu'on puisse prendre comme base les indications suivantes. Dans un bain neuf, employé entre 15 et 20 °C, retirer les épreuves:

Très denses 60 secondes.................)
Normales 90 secondes.....................)
après la disparition de l'image
Assez claires 120 secondes.............) noire


Quand la température du bain est inférieure à 15 ° C, il convient de dépasser quelques peu les durées indiquées ci-dessus; quand elle excède 20 °, on doit les abréger. On tiendra compte de ce qu'un séjour excessif de l'épreuve dans le bain complet, après son blanchiment, risque de provoquer un tannage général de la gélatine, faible mais suffisant pour qu'elle accepte difficilement l'encre et la laisse partir au moindre balayage. Le bain de tannage en solution unique non épuisé par l'emploi pourra, s'il est filtré et gardé à l'obscurité, être utilisé de nouveau dans le délai d'une semaine. Il vaut mieux considérer comme étant hors d'usage le bain qui, à la température optimum, ne fait pas disparaitre l'image argentique en moins de quatre minutes.

Fixage définitif

Le bromure d'argent, engendré par l'action du bromure de potassium et du sulfate de cuivre sur l'image argentique, doit être dissou, dans une solution à environ 15 % d'hyposulfite de sodium. Pour faciliter la décoloration de la gélatine teintée par le sel de chrome, il est avan- tageux que ce fixateur renferme 1,5 % de métabisulfite de potassium. Après avoir été lavées soigneusement, durant au moins cinq minutes, les épreuves tannées sont immergées dans le fixateur où elles doivent stationner, si ce bain est neuf, durant le même temps.

Lavage final

Les restes d'hyposulfite de sodium n'altérant pas l'encre grasse, on termine le traitement en lavant les épreuves, durant une vingtaine de minutes, avant de la mettre à sécher. Les épreuves sèches peuvent être conservées à plat, entre deux morceaux de carton fort, et encrées beaucoup plus tard si on le désire.

Emploi des papiers au chloro-bromure d'argent

Les praticiens qui ont expérimenté les papiers au chloro-bromure d'argent prétendent qu'ils font obtenir des images plus modelées que celles produites en utilisant les papiers au bromure, mais que leur surface se tanne difficilement. On parvient à encrer tout papier au chloro- bromure dépourvu de surcouche de gélatine si, après avoir fait disparaitre son image dans un bain de blanchiment et de tannage combinés, on le développe à l'aide d'un révélateur normal pour positifs. Ensuite d'un lavage d'une durée de quinze minutes, on le blanchit de nouveau, on le fixe et on le relave.

Remarques relatives au gonflement

Toutes les gélatines coulées sur les papiers propres à l'encrage ne gonflent pas à la même température. Deux papiers de la même marque, mais de fabrications différentes, peuvent gonfler, l'un rapidement dans de l'eau à 25 ° C, l'autre lentement dans de l'eau à 45°. Une épreuve blanchie depuis plus d'un an exige, quelquefois, l'emploi d'une solution ammoniacale. De nombreux échecs sont dus à l'ignorance de ces propriétés de la gélatine. On détermine la température optimum de gonflement en trempant dans l'eau une bande de papier vierge, de la meme fabrication que celui qui a servi à exécuter l'épreuve, et en chauffant progressivement le liquide, jusqu'à ce que la gélatine coule. La température de gonflement est inférieure de 5° à la température de fusion.

Opérations subséquentes

Elles ne diffèrent guère de celles qu'on effectue pour encrer les "planches" de gélatine bichromatée tannées par la lumière. Ordinairement, le relief de la gélatine des papiers par développement gonflés est moins prononcé que celui obtenu dans le procédé "à l'huile". La seule conséquence de cette particularité est d'obliger à employer de l'encre plus consistante.

La planche gonflée est appliquée sur plusieurs papiers buvards humides. On l'encre avec des pinceaux en putois, en effectuant des mouvements identiques à ceux décrits dans les pages concernant l'oléotypie. L'encrage est conduit de la meme façon. L' image peut etre interprétée, nettoyée, dégraissée et montée sans rien changer aux modes opératoires déjà indiqués. Si le papier adopté est couvert de gélatine suffisamment résistante à l'écrasement, on n'éprouvera aucune difficulté à reporter l'image à l'encre grasse, soit au moyen de la presse taille-douce, soit sans presse.

Les négatifs aux valeurs locales tranchant bien les unes sur les autres, desquels on tire des images positives qui gonflent très nettement, permettent, ordinairement, d'obtenir les meilleurs reports. L'épreuve destinée au tirage par report doit avoir été séchée au moins une fois avant l'encrage, de préférence après le fixage qui suit le tannage.

Angelo Camilli

Toutes les bonnes volontés sont le bienvenu pour étoffer, corriger ces informations!

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